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Sahara : les Touaregs en péril au Niger


Iférouane, février 2007. Un groupe inconnu revendique une attaque contre les militaires nigériens. Le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ) est né. Depuis, les violences n’ont fait qu’augmenter : d’un côté, des prises d’otages (militaires) par le MNJ, de l’autre des exactions, avec notamment l’assassinat de trois vieillards par l’armée régulière en juin, et de nombreuses arrestations arbitraires. Depuis, un état d’urgence a été décrété à Agadès, les vols vers l’Europe interrompus, tandis qu’Iférouane, la ville du nord, est coupée du monde.

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Depuis lors, le MNJ a tué une cinquantaine de soldats réguliers, et en a pris 70 en otages, pour la plupart confiés ensuite à la Croix-Rouge. La tension est encore montée d’un cran fin novembre avec l’envoi de colonnes de soldats dans le nord du pays. Mamadou Tandja, le président du Niger parvenu au pouvoir après un coup d’état en 1999 (mais élu en 2004) refuse de reconnaître le MNJ comme un mouvement rebelle, et traite ceux-ci de « bandits et de trafiquants de drogue ». Selon Issouf Ag Maha, un membre de la société civile touareg, Tandja a favorisé l’escalade de la violence. « Tandja dit aux populations du Sud que la Libye pactise avec les Touaregs pour s’emparer de l’uranium, que le MNJ complote avec Areva pour les mêmes raisons ».

Une géopolitique complexe, qui traduit les tensions pour le contrôle de richesses toujours plus grandes, et la dictature du clan présidentiel : le découpage du territoire et la vente illicite des permis miniers sont, d’après le MNJ, une preuve de plus de la corruption totale du régime, qui détournerait de l’argent à son seul profit. De fait, si le MNJ semble indirectement aidé par la Libye, Tandja compte sur ses appuis chinois, y compris pour tancer le monopole d’Areva, qui a dû augmenter les dividendes de l’uranium reversés au régime, la France pratiquant des prix allègrement « en-dessous » du marché. Areva a profité depuis les années 1970 du gisement d’Arlit sans que les populations civiles ne voient leur sort changer, et ce n’est pas les quelques emplois de gardiens ou de chauffeurs qui ont pu changer les choses : se pose d’ailleurs la question de l’éventuel impact sanitaire de l’activité minière sur ces travailleurs.

La conséquence immédiate de ce nouveau conflit, c’est aussi la répression pur et simple à l’égard des civils touaregs: par un décret spécial dit de « mise en garde » (en fait, d’état d’urgence) signé le 24 août, Tandja a donné tous pouvoirs à la police et l’armée à Agadez, où la population vit sous la peur des arrestations arbitraires. Des troupeaux ont été abattus. Les journalistes sont muselés, même à Niamey où tout débat en direct sur la situation à Agadez a été interdit. Le correspondant de RFI à Niamey continue d’être emprisonné. « On est en train de sacrifier une région, un pays », confie Issouf Ag Maha. « Autant mourir que de se faire humilier », lâche t-il, amer. Issouf a tout abandonné. Parce que ce n’est pas tant le peu de considération quant à la question posée sur l’avenir des Touaregs, que la réponse donnée – la violence arbitraire – qui l’on fait basculer, pacifiquement, aux côtés du MNJ. « Aujourd’hui, la situation est inextricable. Soit Tandja part, soit la violence va exploser » craint un observateur. Le MNJ semble lui donner raison puisqu’un récent communiqué, daté du 23 novembre, menace directement AREVA.

Carte de découpage des totres miniers, Niger Ouest

En tous cas, le pouvoir nigérien semble vouloir accélerer le processus de dépeçage du Sahara en vendant et/ou octroyant des permis d’extraction minière dans tout le nord-ouest du pays (au nord et à l’ouest d’Agadès), à différentes sociétés, anglo-saxonnes et chinoises. La carte de découpage des titres miniers, dont nous fournissons ici une copie , le prouve. Sur cette carte on lit le nom des entreprises auxquelles le pouvoir a concédé les permis miniers (en rouge, ceux octroyés, en bleu ceux « en demande ») sans consultation et/ou compensation pour les populations de nomades.

L’année dernière, nous avions quatre guides et chauffeurs pour nous accompagner dans le désert. Des nouvelles alarmantes nous parviennent de celui qui est resté à Agadez. Deux autres ont rejoint ou cherchent à rejoindre le MNJ.



[Article publié par : Jocelyn Chavy]

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2 commentaire(s)

Le 11/29/07 - 5:29 pm par Pellet jean marc
Merci pour votre article sur la situation au Nord Niger. Il faut que vos amis sachent que l'armée a exécutée 25 civils innocents. http://occitan-touareg.over-blog.com/
Le 12/2/07 - 12:39 pm par BIANCO
Excellent article. Merci de parler de l'emprisonnement illégal de 3 professionnels de la Presse aux qualités reconnues.




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